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Travailler au Prisme, c'est beaucoup plus qu'un emploi d'été !

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Témoignage d'un étudiant qui a travaillé au PRISME en 2003

Extrait de « L' Agral, journal des étudiantes et étudiants en agriculture, alimentation et consommation. Volume 35, numéro 1, septembre 2003, pages 10-11 »

Un été au Prisme
Nicolas Parenteau, étudiant en agro-économie

Qu'on étudie en agro-économie ou en agronomie, l'été suivant la 2ième année d'études nous offre davantage d'opportunités que la période estivale précédente (stage obligatoire), Certains opteront pour des emplois non-agricoles mais plus rémunérateurs alors que d'autres préféreront dénicher un travail dans le milieu agroalimentaire afin d'enrichir leur bagage de connaissances, et potentiellement découvrir des secteurs qui leurs sont moins familiers.

C'est donc à la recherche d'un job d'été que je me suis présenté à la journée Carrières en janvier dernier. Le kiosque qui a attiré mon attention est celui du Consortium Prisme. « Le Prisme est une association de producteurs et de professionnels engagés dans la recherche, le développement et la mise en œuvre de Bonnes Pratiques Agricoles (BPA). » Voilà la première phrase inscrite dans le dépliant distribué lors de ce salon de l'emploi.

J'apprenais ensuite qu'ils offraient des postes de dépisteurs maraîchers dans une région de ma Montégérie natale que je connaissais très peu : les terres noires du Sud de Montréal, Il ne m'en fallait pas plus pour envoyer mon curriculum vitae et engendrer le processus qui m'a permis de découvrir l' horticulture québécoise tout au long de l'été.

Je me suis donc présenté à Sherington, 3 jours après la remise de mon dernier travail long, pour 2 semaines de formation (payées!) au cours desquelles nous avons couverts les 350 pages de la 9ième édition du guide pédagogique "Appliquer des techniques de dépistage en champ" rédigé par le PRISME et l'ITA de St-Hyacinthe.

On parle ici d'environ 65 heures de cours, agrémentées de visites aux champs, qui nous ont permis de dresser un portrait de l'importance des différentes cultures en plus d'en découvrir les étapes de production et les principaux ravageurs qui causent des pertes de rendements (insectes, maladies, carences et facteurs climatiques). Nous avons aussi appris les règles et techniques pour effectuer un bon dépistage ainsi que la méthode pour dessiner les plans de ferme et compléter les historiques de champs. Il a même été question de l'approche au producteur.

L'équipe du Prisme est composée d'une dizaine d'agronomes, d'un géographe, d'une demi-douzaine de techniciens agricoles et d'une soixantaine de producteurs maraîchers. Pour la période estivale, ils recrutent plus de 20 dépisteurs afin d'assurer un suivi efficace et ce, dans chacun des champs et pour chacune des variétés.

Le dépisteur reçoit en début de saison une route de dépistage qui lui indique le ou les producteurs où il va dépister ainsi que la ou les cultures correspondantes à l'entreprise désignée. La liste des différents légumes dépistés se lit comme suit : carottes, céleris, choux chinois, crucifères (brocolis, choux et choux-fleur), laitue, maïs sucré, oignons, petits fruits, piments et pommes de terre.

Je travaillais pour un producteur qui possédait plus de 500 acres sur lesquels il cultivait carottes, oignons, patates et nappas, une variété de choux chinois très populaire auprès des populations asiatiques et dont la production est en croissance au Québec. La culture de ce légume s'avère très difficile car il est attaqué de toute part, à la fois par les maladies et insectes des crucifères de même que par ceux qui ravagent les laitues.

Son système racinaire se développe très peu profondément paradoxalement à son feuillage qui ne cesse de prendre de l'ampleur, au point de recouvrir totalement le sol quelques temps avant la récolte. De plus, les besoins en bore et en calcium de la plante sont tels que des applications de ces 2 minéraux devaient être effectuées environ toutes les semaines sans quoi les choux n'auraient pas atteint une forme commercialisable. Toutes ces caractéristiques font en sorte qu'une portion variant entre 20 et 90 % de la production est perdue au champ.

Les producteurs maraîchers qui ne font aucun dépistage doivent arroser systématiquement tous leurs champs et ce, tous les 7 à 10 jours afin d'éviter des ravages trop importants. D'autre part, ceux affiliés au Prisme attendent l'arrivée des insectes et maladies avant d'amorcer les arrosages. C'est ainsi que dans certains champs, exempts d'insectes et où la maladie se fait rare, les épandages de produits sont grandement réduits. Par exemple, le doryphore, communément appelé « bébitte à patate » résiste à tous les produits au stade adulte. De leur côté, les larves dévorent le feuillage et sont vulnérables.

En tant que dépisteur, je devais parcourir les champs afin d’examiner l’évolution de la population de doryphores et déterminer le moment pour arroser et tuer le maximum de larves.

L'emploi consistait donc à me promener dans des champs de légumes afin d'y recenser les ravageurs présents. Il s'agissait ensuite de remplir un rapport journalier qu'on remettait aux agronomes ainsi qu'un rapport au producteur. À la fin de chaque journée, il était préférable de rencontrer son producteur afin de lui faire part de nos observations. Du comptage des taches de botrytis sur les feuilles d'oignons au dénombrement des charançons dans les pièges préalablement installés au pourtour des champs de carottes, en passant par Ie comptage de pucerons sur les feuilles de nappa, mes journées étaient bien remplies.

Lorsqu'on ne pouvait dépister car les champs avaient été arrosés, on était appelé à participer dans divers projets de recherche effectués par le Prisme. J'avais une relation presque quotidienne avec certaines agronomes et techniciennes qui répondaient avec plaisir à mes interrogations et mon producteur a bien voulu me faire visiter son usine d'emballage de carottes ainsi que celle de pommes de terre. Ce dernier m'a aussi expliqué les mécanismes de mise en marché qui lui permettent d'écouler ses produits.

Enfin, du côté des aspects plus négatifs de l'emploi, il faut noter la dépendance au climat. En effet, quand il pleut, compter les thrips dans l'oignon s'avère une tâche des plus difficiles. De même, quand il fait 40 degrés à l'ombre, les enjambés se font plus lentes et les insectes nous tournent autour!

Finalement, je recommanderais cette expérience à quiconque voudrait découvrir l'horticulture, rencontrer des producteurs qui la pratique, ainsi que travailler en collaboration avec une équipe jeune et dynamique d'agronomes et de techniciens.