Culture de la laitue
Importance
Au Québec, on cultive la laitue sur une superficie de près de 2560 hectares, presque exclusivement en sol organique. La Montérégie en produit 2319 hectares, la grande majorité se trouvant dans la région des Jardins de Napierville, c’est à dire 1992 hectares (Statistique Canada, 2001). La production québécoise est destinée principalement au marché frais. Cependant, depuis quelques années, le marché de la transformation se développe, particulièrement à des fins de restauration. En Amérique du Nord, le marché de la transformation représente près de 30 % du volume de laitues commercialisées.
Le prix obtenu pour une boite de laitue est très variable. Il oscille entre 4 $ et 18 $ selon la saison, pour un prix moyen de 9.50$. Selon les données de Statistique Canada sur la valeur des denrées horticoles du Québec, la valeur à la ferme de la production totale de laitue a été estimée à 34 millions de dollars au cours de la saison 2001.
Variétés
La production de laitue dans la région des Jardins de Napierville, en 2002, s’établissait comme suit : 55 % de laitue pommée, 35 % de laitue romaine et ce qui reste en laitue frisée, Boston et bébé laitue. Dans la région des Jardins de Napierville en 2003, les cultivars les plus utilisés dans la laitue pommée ont été Ithaca (85 %) et Sun devil (10%). Les cultivars de romaine étaient majoritairement Green Tower (55 %), suivi de Triton (30 %) et de Paris Island (13 %). Le nombre de cultivars retrouvés dans la laitue frisée est plus important. Les 2/3 de ces cultivars de frisée sont verts et l’autre tiers est rouge. Dans la frisée verte, on retrouve surtout les cultivars Two Stars (93 %) et Alpine (5 %). Dans la frisée rouge, c’est le cultivar New Red Fire (95 %) qui domine; on retrouve aussi Red sails (5 %) (Données de la Coop de Sherrington, 2003).
La laitue Boston est principalement cultivée en serre. Par ailleurs, la production de laitues de serre est constituée principalement de laitues de type Boston. Nous retrouvons aussi un peu de Boston au champ (2 % des laitues cultivées par les producteurs du PRISME).
Établissement de la culture
La laitue peut être indifféremment semée ou plantée. La majorité des entreprises utilise des transplants au printemps de façon à récolter le plus tôt possible. Cette façon de faire leur permet de devancer la récolte de 10 à 15 jours.
Par ailleurs, certains producteurs plantent la laitue au mois d’août afin d’occuper les champs le plus tard possible. Finalement, certaines entreprises plantent la laitue toute la saison. On revient souvent deux fois consécutives en laitue dans un même champ (semis ou transplant), parfois même jusqu’à trois fois, mais c’est plus rare.
Les transplants sont produits en serre. La période de production varie de trois à quatre semaines. Plusieurs producteurs de laitue produisent leurs propres transplants. Les autres producteurs achètent leurs transplants d’entreprises serricoles qui se spécialisent dans la production de transplants de légumes.
Quant aux semis, ils sont effectués en rangs à l’aide de semoirs de précision, à des taux de deux à trois fois supérieurs à ceux désirés. Cette pratique est motivée par le risque de faibles taux de germination des semences de laitues, elle occasionne une opération d’éclaircissage lorsque les plants ont atteint un maximum de quatre feuilles. L’éclaircissage est effectué à la main, en tentant de maintenir l’espacement entre les plants le plus uniforme possible.
La laitue est une plante à croissance rapide qui présente une fenêtre de récolte de seulement quelques jours. Dans ces conditions, le calendrier de semis doit être le plus précis possible afin d’assurer des approvisionnements constants au cours de la période de récolte. Celle-ci s’étend de la mi-juin jusqu’aux premières gelées. Les plantations et les semis débutent à la fin du mois d’avril. Les semis se prolongent jusqu’au 25 juillet tandis que les plantations peuvent continuer jusqu’au 10 août.
Les champs de laitues sont constitués de plusieurs petites sections. Les sections sont déterminées par les dates de semis ou de plantation. Chaque section correspond à une période de récolte de deux à trois jours. De cette façon, la majorité des entreprises produisant de la laitue effectuent de 20 à 30 semis ou transplants de laitues au cours de la saison.
La laitue est principalement cultivée sur des buttes. Cette technique de production permet une meilleure aération du feuillage, ce qui diminue les risques d’infection par les maladies du feuillage. On peut semer un ou deux rangs de laitues sur chaque butte. Les espacements entre les rangs varient entre 25 et 53 cm. Entre les buttes, sur lesquelles on retrouve 2 rangs de laitue, on compte en général 45 cm. Sur le rang, on compte de 30 à 45 cm entre les plants.
Au printemps, des bâches aussi appelées couvertures flottantes, sont utilisées sur les plantations de primeur. Elles permettent l'établissement d'un micro-climat plus chaud, qui favorise un développement plus rapide des jeunes transplants.
Les jeunes semis résistent bien au froid; ils peuvent tolérer des températures aussi basses que 0 °C. En contre partie, lorsque les températures sont élevées et que le sol a tendance à s'assécher, on irrigue les jeunes semis.
Croissance
La laitue est une plante dont le cycle de croissance est court. Selon la période du semis, elle prend de 70 jours (printemps) à 53 jours (l’été) pour atteindre la maturité. Pour la laitue plantée, on compte de 40 à 55 jours de croissance au champ.
On peut séparer le cycle de croissance d’un plant de laitue en deux phases: 1. l’établissement de la culture; 2. le développement des parties commercialisées.
La plante passe les deux tiers de son temps de développement à s’établir, puis produit plus de 60% de sa matière fraîche durant le dernier tiers.
Certains membres du PRISME utilisent un modèle de prévision qui permet de prédire la date de récolte en fonction de la date de semis et de l’accumulation des degrés-jours de croissance (base 5°C). La précision des prévisions varie entre deux et trois jours pour près de 80 % des semis. Cet outil permet une planification rationnelle des semis, de la récolte et des activités de dépistage.
Des approvisionnements constants en eau sont nécessaires pour une croissance optimale. Les stress hydriques, durant la deuxième phase de croissance, occasionnent généralement des poids plus faibles à la récolte. Ils sont aussi susceptibles de provoquer une maladie physiologique nommée pourriture apicale. Cependant, l’irrigation des champs de laitues en croissance est déconseillée car cette pratique favorise l'établissement des maladies.
Au cours de la première phase de croissance, les plants de laitues sont susceptibles de contracter une maladie des racines, le Pythium tracheiphylum. Durant cette phase de croissance, ils peuvent être aussi infectés par le mildiou de la laitue (Bremia lactucae), une maladie du feuillage. Au cours de la seconde phase de croissance, les plants de laitues peuvent être infectés de nombreuses maladies bactériennes et chryptogamiques. Parmi celles-ci, on note le Botrytis cinerea, les Sclérotinia sp., Rhyzoctonia solani et le mildiou.
Les principaux insectes ravageurs de la laitue sont les pucerons (au moins trois espèces), la punaise terne, les vers gris et la fausse arpenteuse. Ils peuvent s’établir dans les champs de laitues à tous les stades de développement de la plante.
Fertilisation
Pour la laitue cultivée en sol organique, le guide de référence en fertilisation publié par le CRAAQ propose l’enfouissement avant le semis ou la plantation d’une dose d’azote de 55 kg à l’hectare. Les recommandations quant au phosphore et au potassium varient selon le niveau de fertilité du sol entre 30 et 100 kg de P2O5 et 30 et 220 kg de K2O.
Contrôle des mauvaises herbes
Il existe différentes techniques de contrôle chimique des mauvaises herbes en pré-levée des laitues. Cependant, il n’existe pas d’herbicide homologué en post-levée des laitues.
On procède à une application d’herbicide avant que les semis lèvent, soit de deux à trois jours après le semis. Une technique de préparation des buttes, dites « en différée », permet de préparer les buttes de une à deux semaines avant le semis ou la plantation et d’appliquer l’herbicide le plus tard possible.
En post-levée, le sarclage mécanique ou manuel est nécessaire. Le sarclage mécanique est habituellement effectué à l’aide d’un rotoculteur avant le stade huit feuilles. Il occasionne souvent des blessures aux plants qui deviennent sensibles aux maladies nichées dans le sol, notamment l’affaissement sec (Pythium tracheiphyllum).
Le sarclage manuel consiste au désherbage à l’aide des mains ou de pioches. Il est effectué invariablement entre les plants sur le rang et entre les rangs lorsque les méthodes mécaniques ne sont pas utilisées.
Une autre méthode de désherbage est utilisée en post-levée. Il s’agit du désherbage chimique entre les rangs, sans pulvérisation sur la culture. Cette méthode consiste à appliquer un herbicide entre les rangs à l’aide d’un pulvérisateur équipé de plaques métalliques, ces plaques s’harmonisent entre les rangs de façon à protéger la laitue des gouttelettes d’herbicide. Cette technique occasionne fréquemment des brûlures au feuillage des laitues. Ces brûlures sont généralement de forme circulaire et de couleur or. À l’occasion des plants entiers sont brûlés.
Récolte
À maturité, les plants de laitue pommée présentent une pomme ferme tandis que la romaine présente des feuilles intermédiaires qui se ferment au-dessus du coeur. Lorsque les températures sont élevées, on peut compter sur une fenêtre de deux à trois jours pour la récolte d'un plant de laitue tandis qu’on peut compter jusqu'à cinq jours lors du climat plus frais de la fin septembre.
En général, les champs de pommée en excès de maturité développent des pommes très fermes qui présentent une longue tige (plus de 2 cm) et des déchirures sur le limbe ou la nervure principale des plus vieilles feuilles de la pomme. Pour les champs de romaine et de feuilles, les excès de maturité se manifestent généralement par une montée à la graine. Rapidement, dans les champs trop mûrs, une multitude de maladies bactériennes, chryptogamiques et physiogéniques affectent les plants de laitues.
La récolte est manuelle avec ou sans plate-forme de récolte. En général, les laitues sont coupées manuellement et déposées dans les boîtes de commercialisation, au sol ou sur une plate-forme de récolte. Elles sont ensuite parées à la commercialisation et convoyées jusqu’aux aires de pré-refroidissement sous vide. Il n’y a pas de lavage des laitues.
Cependant, certains producteurs vont appliquer une solution de chlore sur le dessus des boîtes afin d’éviter l’oxydation du latex qui exsude des tiges de laitues.
Il est essentiel de faire subir un traitement de pré-refroidissement aux laitues, afin de prolonger leur fraîcheur. Pour cette denrée, le refroidissement sous vide est le plus approprié. Cette technique permet d’abaisser la température des laitues rapidement sans occasionner de blessures aux plants. Les laitues ainsi refroidies entrent dans la chaîne de transport à leur température idéale qui est de l’ordre de 3 à 5 °C. Cette technique permet de prolonger la vie commerciale des laitues jusqu’à 10 ou 12 jours.
La laitue pommée du Québec est généralement emballée en boîtes de calibre 18 (18 pommes par boîte), ce qui contraste avec le standard américain de calibre 24. Les poids acceptables sur le marché du calibre 18 sont de l’ordre de 20 à 25 kilogrammes par boîte. Actuellement, de plus en plus d’acheteurs exigent une laitue enveloppée dans un sac de plastique. Dans ces conditions, le calibre de la boîte est généralement de 24 pommes de laitue. Pour la romaine ou la feuille, les calibres sont plus variables. En général ils varient entre 16, 18 et 24 laitues par boîte.
Un autre format d’emballage est celui des laitues récoltées en vrac. Ce format vise le marché de la transformation. Pour ce format, les laitues sont emballées en vrac, dans des boîtes de carton de deux mètres cubes.








