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Ravageurs de la laitue

 

Puceron - forme ailée
Puceron - forme ailée

Puceron - forme ailée

Puceron - forme aptère
Puceron - forme aptère

Puceron - forme aptère

Puceron <em>Nasonovia ribisnigri</em> - forme aptère
Puceron Nasonovia ribisnigri - forme aptère

Puceron Nasonovia ribisnigri - forme aptère

Puceron <em>Nasonovia ribisnigri</em>
Puceron Nasonovia ribisnigri

Puceron Nasonovia ribisnigri

Pucerons

Nom anglais : Aphids

Importance
Les pucerons sont des ravageurs prépondérants de la culture de la laitue. Ils n’occasionnent pas de dommages aux plants de laitues. Cependant, leur présence n’est pas tolérée lors de la mise en marché.

Une infestation de 5 à 10 pucerons dans une pomme de laitue peut conduire au rejet de cette dernière. La majorité des insecticides appliqués sur cette culture visent à la protéger contre ce ravageur.

Description
Les pucerons sont des insectes de l'ordre des homoptères et de la famille des aphidiens. Il s'agit d'un petit insecte au corps mou qui se nourrit passivement de la sève de son hôte à l'aide de ses pièces buccales de type "piqueur-suceur".

On reconnaît un puceron par la présence d'une structure qui lui est propre: les cornicules. Les cornicules, qui sont au nombre de deux, sont situés à l'extrémité postérieure de l'abdomen. Ils ont une forme cylindrique allongée et ont pour fonction d'exuder des cires et certaines phéromones. Au champ, la présence de cornicules permet de confirmer qu'un spécimen est bel et bien un puceron.

Les pucerons ont pour caractéristiques d'être ovovivipares, parthénogénétiques, polyphages et hautement reproductifs. De nombreuses espèces envahissent régulièrement les champs, les boisés et même les parterres et les aménagements paysagers. Plusieurs espèces de pucerons sont susceptibles d'infester un champ de laitues. Chacune des espèces possède son propre cycle vital et son propre potentiel d'infestation sur la laitue. Au cours des saisons 1994 à 1999, deux études importantes menées par le PRISME dans la région du sud de Montréal, ont permis d’identifier, quantifier et étudier les espèces de pucerons pouvant se retrouver sur la laitue.

Des neuf espèces échantillonnées sur la laitue, trois sont prépondérantes et représentent un risque pour la culture. Il s’agit du puceron de la laitue, Nasonovia ribisnigri (présente à 69%), du puceron de la pomme de terre, Macrosiphum euphorbiae (21%) et du puceron vert du pêcher, Myzus persicae (6%).

Les quatre espèces suivantes sont présentes occasionnellement et en quantité moins importante : le puceron de la digitale (Aulacorthum solani), Acyrthosiphon lactucae, Uroleucon ambrosiae et le puceron lanigère des racines de la laitue (Pemphigus bursarius). Depuis quelques années, nous retrouvons de plus en plus d’Acyrthosiphon lactucae, mais en quantité moins importante que les trois espèces prépondérantes. Cette présence est non négligeable car, au niveau du comportement, il agit comme le puceron de la laitue en se tenant au coeur.

Deux autres espèces se retrouvent sur la laitue en fin de saison sous forme ailée, mais ces pucerons ne colonisent pas la laitue et ne sont pas aptes à s’en nourrir. Il s’agit du puceron des céréales (Rhopalosiphum padi) et du puceron du maïs (Rhopalosiphum maidis).

Le Guide d’identification des pucerons dans les cultures maraîchères au Québec développé par le PRISME en collaboration avec Agriculture Canada contient une clé d’identification détaillée et de l’information concernant tous les pucerons présents sur la laitue et les autres cultures dépistées par le PRISME.

Les paragraphes qui suivent dressent le portrait des trois espèces de pucerons les plus importantes sur la laitue et d’une quatrième espèce potentiellement problématique.

Vous pouvez consulter le Guide d’identification des pucerons dans les cultures maraîchères au Québec développé par le PRISME en collaboration avec Agriculture Canada qui contient une clé d’identification détaillée et de l’information concernant tous les pucerons présents sur le céleri et les autres cultures dépistées par le PRISME.

Les paragraphes qui suivent, dressent le portrait des trois espèces de pucerons les plus importantes sur la laitue.

Nasonovia ribisnigri

Ailés
Pucerons jaunes tachés de noir; tête, antennes, thorax et cornicules noirs; abdomen portant des bandes transversales noires (sur fond jaune) plus ou moins complètes (plus sur la deuxième moitié de l'abdomen).

Aptères
Pucerons jaunes ou verts et très luisants (lustrés); pattes sombres ou noires; dos de l'abdomen couvert de rayures transversales noires chez les adultes uniquement (style costume de prisonniers). Ils colonisent habituellement les jeunes feuilles du coeur des laitues (bien écarter délicatement les toutes jeunes feuilles).

Comportement sur la laitue
La caractéristique principale de Nasonovia ribisnigri est de coloniser le coeur et ensuite les pommes de laitue. Il est nécessaire d'ouvrir les pommes pour pouvoir les trouver. Un plant encore jeune (avant la pommaison) peut cacher une cinquantaine de Nasonovia ribisnigri en son sein alors qu'à première vue il pouvait sembler exempt de pucerons. Cette situation permet au Nasonovia ribisnigri de se développer rapidement à l'abri d'à peu près tout et d'échapper aux insecticides, particulièrement à partir du début de la pommaison. Les colonies comptent fréquemment plus de 50 individus.

Macrosiphum euphorbiae

Ailés
Grands pucerons allongés verts ou parfois roses, sans taches; antennes, pattes, queue et cornicules longs; queue blanche, antennes souvent foncées, thorax entre les ailes brunâtre; tubercules antennaires très développés.

Aptères
Grands pucerons allongés en forme de fuseau (plus de deux mm pour les adultes) généralement bien verts mais parfois roses, parfois avec une ligne de même couleur mais plus foncée que le corps allant du thorax jusqu’à la queue; sans aucune tache noire (sauf parfois le bout des cornicules); pouvant présenter un aspect cireux et mat; longues pattes claires, longues antennes occasionnellement sombres; cornicules très longs, effilés et réticulés. Ils colonisent toutes les feuilles sur les deux faces mais plus particulièrement sur la face inférieure.

Comportement sur la laitue
Les Macrosiphum euphorbiae aptères ne semblent pas avoir, contrairement à Myzus persicae et à Nasonovia ribisnigri, de site de prédilection sur les plants de laitues. Ils se tiennent sous les feuilles inférieures avec Myzus persicae ou sous d'autres feuilles implantées plus haut.

Macrosiphum euphorbiae ne semble pas apprécier les feuilles sénescentes et, en général, il ne colonise pas les feuilles du coeur.

Les colonies de Macrosiphum euphorbiae aptères comptent rarement plus de trois douzaines d'individus sur le même plant. En général, les groupes n'excèdent pas la dizaine d'individus. Par ailleurs, Macrosiphum euphorbiae est très mobile et "dynamique". Si on le dérange, il se dresse sur ses longues pattes et s'éloigne rapidement en marchant.

Myzus persicae

Ailés
Petits pucerons (2.8 mm) de couleur jaune ambré portant sur l'abdomen une grande tache brune (plus ou moins quadrangulaire et contenant une petite zone claire) ainsi que des petites taches latérales. Tête et thorax (entre les ailes) noirs, corps bombé, abdomen rond, tubercules antennaires convergents caractéristiques mais difficiles à voir sans binoculaire. Existe aussi en vert!

Aptères
Petits pucerons ronds généralement jaune pâle, parfois blancs, roses ou rouges, sans taches sur le dos; pattes et antennes blanchâtres mais très peu visibles.

Comportement sur la laitue
Cette espèce de puceron présente des individus généralement immobiles, ils se positionnent sous les feuilles inférieures (particulièrement celles en sénescence) et se laissent tomber lorsqu'on les dérange.

Ces pucerons montrent une nette préférence pour les feuilles sénescentes. De même, Myzus persicae peut continuer son développement sur une feuille sénescente ou coupée.

Lors des envolées du mois d’août, le Myzus persicae semble préférer coloniser les jeunes plants. Myzus persicae bouge peu et se laisse plutôt tomber sur le sol lorsqu'on le dérange.

Acyrthosiphon lactucae

Ailés
Relativement gros pucerons (3 mm) de couleur vert pomme ou pêche, d’allure terne (non luisant), portant sur l’abdomen des lignes blanchâtres. Le thorax est donc pâle, les antennes et les pattes le sont aussi.

Aptères
De même apparence que l’ailé, mais un peu plus petit (2.8 mm).

Comportement sur la laitue
Comme le Nasonovia ribisnigri, l’Acyrthosiphon lactucae a la caractéristique de coloniser le cœur et ensuite les pommes de laitue (Voir Nasonovia ribisnigri). On le rencontre moins souvent que le Nasonovia, mais à cause qu’il se tient au cœur, nous le tenons à l’œil.

Cycle de vie
Le cycle vital des pucerons débute à l'automne par le stade d'oeuf. De cet oeuf éclôt au printemps la fondatrice, une femelle aptère parthénogénétique qui donne naissance à des femelles ailées, également parthénogénétiques.

Ces pucerons ailés émigrent de l’hôte primaire sur des hôtes secondaires et vont donner naissance, sans fécondation, à des femelles aptères qui se reproduisent également sans fécondation. Les adultes se reproduisent rapidement par parthénogenèse; ils pourront donner naissance à des générations de pucerons, ailés ou aptères selon différentes conditions environnementales telles que la température, la luminosité, la densité de population ou la qualité nutritive de l’hôte. De 10 à 12 générations se succèdent durant l'été.

L'infestation primaire d'un champ de laitues débute généralement par l'arrivée de pucerons ailés. Ces pucerons vont donner naissance à des générations de pucerons sans ailes. Dans les quelques jours, sinon les quelques heures suivant l'infestation, on trouvera des pucerons ailés et des pucerons non ailés (aptères). À mesure que la population sur un plant se consolide, on trouve des squelettes de pucerons (exuvies).

Par temps chaud, le rythme de reproduction des pucerons est rapide. À 25 °C, le puceron peut atteindre sa maturité en cinq jours, tandis qu'un cycle complet peut prendre jusqu'à huit semaines lorsque la température est de 5 °C. Un seul individu peut reproduire de 100 à 150 larves.

Selon les espèces, des facteurs environnementaux provoquent la formation d'une génération ailée. Dans le cas de Nasonovia ribisnigri, de 10 à 14 jours peuvent suffire pour qu'une infestation primaire se transforme en épidémie. Les plants infectés au départ par les pucerons ailés deviennent au bout de quelques jours des foyers d'infestation à partir desquels peut survenir une migration vers les plants voisins.

En automne, les facteurs physiques tels que la longueur des jours et la température provoquent l'apparition d'adultes ailés et sexués qui s'accouplent et pondent des oeufs hivernant sur l'hôte primaire. Certains pucerons passeront l'hiver sous forme de femelles parthénogénétiques ailées. D'autres espèces immigrent à chaque année, transportées par les vents dominants du sud qui se frayent un passage jusqu'à nos latitudes. Ces espèces sont susceptibles de transporter des virus.

Dispersion
Les pucerons se reproduisent rapidement sur une multitude d’hôtes cultivés ou sauvages. Rapidement les populations sur ces plantes émigrent, sous forme ailées, vers d’autres sites de reproduction. Ces migrations augmentent en intensité au cours de la saison; au mois d’août, elles atteignent leur apogée et apparaissent généralisées à l’échelle régionale. Les espèces Nasonovia ribisnigri et Myzus persicae démontrent d’excellentes capacités à produire des générations d’ailés si bien que ces espèces se redistribuent rapidement dans un champ infesté.

Dans les champs, les pucerons se distribuent irrégulièrement, par agglomération (distribution par foyers).

Dommages
Les dommages infligés par les pucerons aux plants de laitue sont dans la majorité des cas purement esthétiques. On veut éviter une présence à l'intérieur comme à l'extérieur de la laitue. Sur les plants à maturité, les infestations inférieures à 15 pucerons/plant ne semblent pas réduire les rendements ni causer vraiment d'accumulation de miellat, mais elles diminuent la valeur esthétique des laitues. Cependant, les infestations sévères de pucerons sur de jeunes plants de laitue peuvent causer des malformations des feuilles et inhiber la pommaison. Il est également possible que les blessures infligées par les pièces buccales des pucerons soient le site d'entrée de certaines maladies (bactéries, champignons). De plus, certaines espèces de pucerons peuvent transmettre des maladies à virus.

Méthodes de lutte
Il existe plusieurs insecticides homologués sur la laitue. Néanmoins, le contrôle des pucerons est problématique sur la laitue pommée. Le comportement des insectes et la morphologie de la plante (pommaison) rendent difficile le contact entre les gouttelettes d'insecticide et les insectes.

Selon le Statewide IPM projects (University of California, 1985), les pucerons qui se propagent à l'intérieur de la pomme sont plus difficiles à contrôler. De plus, on rapporte depuis quelques années la présence de populations résistantes ou tolérantes à divers insecticides (Simonet 1980, Reinik et al. 1988, Strong 1989).

La stratégie de lutte consiste à réprimer les envolées d'ailés et à ne pas tolérer l'établissement des colonies de pucerons les plus nuisibles. L’espèce Nasonovia ribisnigri fait l’objet d’une attention particulière due à son comportement de colonisateur des coeurs de laitues.

Pour cette espèce, le seuil d'intervention est dramatiquement abaissé afin de prévenir une infestation à l'intérieur de la pomme. Le stade pré-pommaison est le stade clé de la stratégie de lutte contre le puceron N. ribisnigri.

Macrosiphum euphorbiae quant à lui est un puceron plus facile à contrôler. Il est sensible aux insecticides et, lorsque sa présence est signalée, il est possible de retarder les traitements de quelques jours.

Pour Myzus persicae, les infestations d’ailés sont réprimées dès leur apparition. Cependant lorsque les colonies sont bien établies sur les feuilles inférieures, les insecticides chimiques ne permettent pas de contrôler les populations.

On observe fréquemment des prédateurs dans les champs de laitues. Les plus communs sont les coccinelles et les chrysopes. À ce jour, il n'est pas encore possible d'utiliser ces populations naturelles afin de maintenir les populations de ravageurs (pucerons, punaises) en deçà d'un seuil.

On suppose par contre que les populations printanières de coccinelles contribuent à maintenir les populations de pucerons à un niveau assez bas. Malheureusement, les traitements insecticides éliminent la relation entre ces prédateurs et les ravageurs des champs de laitues.