Une méthode innovatrice et respectueuse de l’environnement
Les mouches de l’oignon stériles : une idée Hollandaise
Une alternative existe actuellement aux Pays-Bas et pourrait éventuellement être implantée à plus grande échelle au Québec. En effet, depuis plus de vingt ans, les producteurs d’oignon des Pays-Bas utilisent des lâchers inondatifs de mâles stériles pour contrôler leurs infestations de mouche de l’oignon. En 2003, plus de 3 900 ha ont ainsi été traités sur une superficie totale de 16 000 ha pour cette culture. Dans certains cas de fortes infestations, une ou deux applications d’insecticides foliaires sont effectuées pour réduire la population naturelle de mouches à des niveaux facilitant leur contrôle par les insectes stériles.
En quoi consiste cette méthode innovatrice ?
Cette méthode de contrôle consiste à produire de grandes quantités de mouches de l’oignon, de les entreposer au froid pendant l’hiver et, au printemps suivant, de les stériliser par exposition contrôlée à une source de radiation, avant de les relâcher au champ pendant l’activité des populations naturelles de mouche. Les mâles stérilisés entrent alors en compétition avec les mâles naturels fertiles pour féconder les femelles. Dans le cas d’un accouplement avec des mâles stériles, les œufs pondus sont aussi stériles et il n’y a donc pas d’émergence de larves. L’efficacité de cette méthode de contrôle repose sur le maintien d’un ratio élevé d’insectes stériles par rapport aux insectes naturels durant la période d’activité des populations naturelles de mouche de l’oignon, soit durant toute la saison de production.
Un seul hôte et des régions circonscrites : un gage de succès …
L’efficacité de cette stratégie de contrôle est maximisée lorsqu’elle est utilisée contre une population d’insectes circonscrite géographiquement et inféodée à un nombre réduit de plantes hôtes. Cette situation permet d’éviter l’invasion des zones traitées par des mâles féconds en provenance d’autres régions, écosystèmes ou cultures. Ces conditions sont rencontrées pour la mouche de l’oignon qui a peu d’hôtes naturels au Québec et dont la production des hôtes cultivés est concentrée dans la région la Montérégie dans différents bassins de terre noire. Pour ces raisons et compte tenu des tarifs observés aux Pays-Bas, il est raisonnable de croire que l’implantation de cette méthode de contrôle au Québec est possible et réaliste d’un point de vue économique.
Les lâchers inondatifs de mâles stériles : une méthode qui a déjà fait ses preuves ailleurs …
L’utilisation de lâchers inondatifs de mâles stériles pour contrôler un ravageur agricole serait une première au Québec. Cette technique a été utilisée à maintes reprises dans le monde pour éradiquer des insectes nuisibles de certaines zones géographiques, comme la mouche lucilie bouchère (Cochliomyia hominivorax), un important ravageur du bétail, dans le Sud des Etats-Unis et au Mexique et la mouche tsé-tsé dans l’île de Zanzibar. Cette méthode est aussi couramment utilisée pour contrôler des insectes ravageurs en agriculture. De vastes programmes de contrôle de drosophiles à l’aide d’insectes stériles existent en Europe, en Amérique centrale et en Asie. Plus près d’ici, un programme de lâchers de mâles stériles a été implanté dans la vallée d’Okanagan pour réduire les dommages du carpocapse de la pomme (Cydia pomonella). La proportion de fruits exempts dommages de ces ravageurs est passée de 42 % en 1995 à 96 % en 2000, le tout étant accompagné par une réduction de l’utilisation des insecticides chimiques de 83 %.
Une technologie respectueuse de l’environnement
Cette méthode novatrice et sécuritaire pour l’environnement, en plus de permettre un contrôle efficace de la mouche, pourrait aussi servir d’outil de mise en marché puisqu’elle permettrait de réduire l’utilisation des insecticides chimiques dans la production d’oignons.